Avis et prises de position

À classer : le Domaine de l’Estérel

En 1935, le baron belge Louis Empain a acheté un vaste domaine près de Sainte-Marguerite, en bordure des lacs Masson, du Nord et Dupuis, qu’il a nommé l’Estérel. Il désirait créer sur ces terrains une communauté récréative de luxe. Pour ce projet ambitieux, le baron a donné carte blanche à l’architecte belge Antoine Courtens, élève du maître de l’Art nouveau, Victor Horta.

La construction de l’Hôtel de la Pointe-Bleue a débuté en septembre 1936. Bâtiment en béton armé, à l’architecture sobre et dépouillée, l’hôtel est situé sur une pointe qui s’avance dans les eaux du lac Masson. Bordé de grandes terrasses, il offre une vue exceptionnelle sur les lacs et le panorama des Laurentides.

Le vaste domaine s’intègre harmonieusement dans le paysage tout en se distinguant par son architecture qui mêle modernité internationale et tradition locale, comme en témoignent ses bâtiments publics aux lignes simples et à ses résidences en bois rond.

Mis sous séquestre en 1939 lors de l’entrée en guerre du Canada, le Domaine de l’Estérel est loué jusqu’en avril 1944 par le gouvernement canadien qui y installe les militaires. Après la guerre, Louis Empain se départ de ses biens au pays. Le domaine est acheté et morcelé à la fin des années 1950, donnant naissance à deux municipalités : Estérel et Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. L’hôtel devient un centre de soins de longue durée en 1978 et est dorénavant connu sous le vocable de Manoir de la Pointe-Bleue. La municipalité de Sainte-Marguerite se porte acquéreur du centre commercial pour y installer ses services administratifs et culturels. Le sporting club est passablement transformé au cours des années 1960 pour devenir l’Hôtel l’Estérel que l’on connaît aujourd’hui.

Récemment, la municipalité de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson a acheté le Manoir de la Pointe-Bleue. Elle souhaite revendre ses terrains, situés sur des rivages encore vierges, à des développeurs immobiliers. Elle envisage également d’abandonner l’ancien centre commercial afin de déménager ses services dans le cœur du village, comme elle l’a fait avec la bibliothèque. Bien que la Ville ne soit pas intéressée par la protection de ces bâtiments et qu’elle privilégie le développement résidentiel, le maire s’est défendu de vouloir sacrifier le patrimoine de sa ville et a affirmé que la démolition du Manoir de la Pointe-Bleue serait envisagée en dernier recours.

Le patrimoine moderne est dans une situation précaire au Québec, entre autres en raison de sa relative jeunesse, du manque de connaissances du grand public et des autorités qui le gèrent et de la quasi-absence de reconnaissance à l’échelle nationale. L’architecture moderne demeure trop souvent étrangère et inaccessible.

Le Domaine de l’Estérel constitue un ensemble important qui témoigne du développement de la villégiature et de l’avènement de l’architecture moderne au Québec. Il est reconnu comme un territoire historique dans le schéma d’aménagement de la MRC des Pays-d’en-Haut. Pourtant, les instances régionales du ministère de la Culture et des Communications ont repoussé du revers de la main une première demande de classement faite en mai 2001, sous prétexte que certains bâtiments du site, transformés au cours des années, ont perdu leur intégrité.

Le CMSQ croit fermement que ce domaine mérite une reconnaissance et une protection à l’échelle nationale. C’est pourquoi il a uni sa voix à celles de DOCOMOMO Québec et de la Société d’histoire de Sainte-Marguerite–Estérel pour déposer une demande de classement du site et de ses principaux bâtiments, le 1er mai dernier. Étant donné la très grande valeur historique de l’ensemble, les trois organismes souhaitent que les bâtiments du Domaine de l’Estérel construits sur les rives du lac Masson soient protégés à titre de site historique et que l’ancien centre commercial soit classé monument historique. Ils sont persuadés que la mise en valeur du domaine contribuera au développement économique, touristique et culturel de la région.

Conseil des monuments et sites du Québec
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