Avis et prises de position

Projet controversé de téléphérique

Deux rivières importantes traversent la ville de Sherbrooke : la rivière Magog et la rivière Saint-François. Au cœur du centre-ville, la rivière Magog se jette dans une gorge spectaculaire sur plus d’un kilomètre. Grâce à des passerelles, des belvédères et des sentiers aménagés, la gorge est accessible durant la saison estivale.

Un téléphérique pourrait éventuellement être installé au-dessus de la gorge; un projet étonnant qu’étudient sérieusement les dirigeants de la corporation Cité des rivières. Selon eux, un téléphérique serait beaucoup plus profitable d’un point de vue touristique puisqu’il fonctionnerait toute l’année. Sherbrooke compterait ainsi sur un élément distinctif majeur pour attirer les touristes.

Cité des rivières travaille depuis 1999 à doter la ville de Sherbrooke d’infrastructures et d’activités récréotouristiques pour assurer la mise en valeur des espaces riverains. Fort dynamique, le groupe a notamment effectué un travail colossal à l’esplanade Frontenac et dans le projet de revitalisation du Vieux-Sherbrooke.

Pourtant, son projet de téléphérique semble disproportionné par rapport au paysage culturel dans lequel il viendrait s’insérer. La gorge de la rivière ne bénéficierait pas nécessairement d’un meilleur accès que celui que permettent déjà les sentiers. Un équipement de cette envergure ne viendrait que nuire à la beauté naturelle et exceptionnelle de ce site. Le paysage n’a pas besoin d’un téléphérique pour être apprécié en toute saison. Le CMSQ craint qu’une telle infrastructure ne transforme la gorge de la rivière en parc d’attractions.

La protection du patrimoine naturel et culturel commande des interventions mesurées et sensibles puisqu’il s’agit de ressources non renouvelables. Pourquoi ne pas plutôt mettre l’accent sur un circuit entre les bâtiments et les sites à proximité ? Certains bâtiments patrimoniaux de ce secteur, dont la centrale Frontenac (la plus ancienne installation hydroélectrique encore en activité au Québec), l’ancienne gare et la prison Winter, construite en 1865, bénéficieraient ainsi d’une mise en valeur commune.

L’idée du téléphérique n’a pas encore fait l’objet d’une étude de faisabilité, mais cela ne saurait tarder. Le CMSQ a écrit aux dirigeants de Cité des rivières ainsi qu’au maire de Sherbrooke pour faire part de ses préoccupations. Il croit en la possible cohabitation du potentiel récréotouristique de la municipalité et du respect d’un patrimoine naturel et culturel. Le paysage est un patrimoine collectif qu’on ne saurait sacrifier au nom de la rentabilité touristique.

Conseil des monuments et sites du Québec
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