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À l'enseigne du patrimoine commercial
Automne 2006
Faire commerce
On y entre avec bonheur. On pousse la porte avec l'impression de pénétrer chez un vieil ami. Une odeur de familiarité flotte quelques instants, puis s'évapore à travers les étalages. Planté derrière sa caisse enregistreuse ou affairé à disposer de la marchandise sur les tablettes, le propriétaire nous salue avec chaleur, demande de nos nouvelles. Tout autour, le passage du temps et des clients a laissé sa trace ; le comptoir patiné et le parquet usé en témoignent.
Cette atmosphère typique des commerces établis depuis des générations en fait des établissements uniques. Leur architecture ainsi que tous les souvenirs qu'ils ont accumulés en leurs murs nourrissent également leur sympathique singularité. Rien à voir avec les grandes surfaces ou les centres commerciaux, impersonnels et froids.
Tabagie, restaurant, quincaillerie, boutique : chacun de nous a son commerce fétiche, celui qu'il visite fréquemment, par nécessité comme pour le plaisir, celui où il aime s'attarder puisqu'il s'y sent un peu comme chez lui. Puisque ces lieux sont tellement ancrés dans notre quotidien, nous avons parfois de la difficulté à reconnaître leur valeur patrimoniale. Pourtant, ils sont tout aussi importants que les monuments historiques, qu'on ne fait parfois qu'admirer distraitement. Ils enrichissent la vie du quartier, portent en eux la mémoire du voisinage.
Certains commerces ont connu un triste sort, d'autres ont un avenir en suspens, comme le restaurant de L'Île de France, au neuvième étage du défunt Eaton, à Montréal. Plusieurs sont néanmoins toujours bien vivants, animés et remplis de clients. À nous de faire en sorte que ces lieux réconfortants ne perdent ni leur vocation, ni leur âme.
Sophie Marcotte