108
L'éolien
Une menace pour le paysage ?
Automne 2006

Entre les pales, des paysages
L’éolien alimente toutes les tribunes depuis quelques mois. Dossiers, forums, reportages, colloques, rapports du BAPE, sondages, moratoires : le sujet est chaud. Il est donc temps de battre le fer. La quasi-totalité des médias ont traité de l’impact économique du développement éolien, de ses avantages écologiques, etc. Mais qui s’est interrogé sur ses conséquences sur les paysages ?

On a trop souvent tendance à penser que n’est patrimonial que ce qui est construit ou fabriqué : édifices, monuments, œuvres d’art, etc. Pourtant, les paysages habités portent eux aussi la trace de notre histoire, de notre identité; ils reflètent nos valeurs, révèlent notre façon de vivre. Ils sont eux aussi patrimoniaux. Personne n’aurait l’idée d’aller installer un lot de gigantesques pylônes hydroélectriques sur la rive du fleuve, en zone touristique. Alors pourquoi des éoliennes ?

Bien entendu, l’idée ici n’est pas de dire que l’éolien, c’est mal. Les avantages de ce mode de production d’énergie renouvelable existent, et nous les connaissons. Le nœud du problème, c’est les endroits où on implantera ces immenses moulins à vent du XXIe siècle. Au Québec, aucun règlement n’encadre expressément le développement des projets éoliens, si bien qu’on se retrouve – et qu’on risque de se retrouver – avec des parcs éoliens improvisés, disparates, voire chaotiques, qui gâchent des paysages emblématiques. Bien sûr, certains promoteurs prennent conscience de l’importance d’intégrer ces structures dans le paysage afin de créer un ensemble harmonieux, signifiant. Le parc de Saint-Ulric fait partie de ces réussites, et d’autres sont à venir.

Les auteurs qui signent les textes de ce dossier spécial ont participé au colloque qu’a organisé le Conseil des monuments et sites du Québec sur « L’identité des lieux et le développement éolien », en juin dernier à Rivière-du-Loup. Ils traitent du sujet avec ouverture, proposent des pistes de solution. À leur façon, ils ouvrent la marche aux autorités qui, souhaitons-le, prendront le pas.

Sophie Marcotte