
![]()
Le legs agricole
Un héritage à cultiver
Été 2006
Une campagne qui déchante
Je suis née à la campagne, et j’y habite encore. Chaque jour, sur le chemin du travail, je vois défiler des images plutôt désolantes. Ici, des bâtiments agricoles décrépits dont il ne reste pratiquement rien du charme de jadis; là, des bâtisses modernes, toutes semblables, affreusement banales. Les petits bâtiments qui faisaient la beauté et la richesse des fermes familiales, tels les poulaillers et les laiteries, ont disparu. Jusqu’aux vaches qui ont déserté les pâturages. Que se passe-t-il ?
L’agriculture a évolué. Elle s’est industrialisée, spécialisée. Comment le lui reprocher ? Il faut bien être de son temps. Désormais, la plupart des fermes sont centrées sur un seul type de production. La grande diversité des bâtiments d’autrefois n’est plus nécessaire. Plusieurs sont donc démolis pour faire place à la modernité et à la technologie. Ceux qui restent paient rarement de mine; autour d’eux flotte une triste aura d’abandon. Bien sûr, notre patrimoine agricole compte des éléments joliment conservés, comme le démontrent certaines photos de ce numéro. Loin de représenter la majorité, ces exemples devraient être considérés comme des modèles à suivre.
Témoins importants de notre mémoire collective, les bâtiments agricoles portent en eux une partie de notre identité, révèlent les traditions et les façons de faire de ceux qui ont façonné la terre qui nous nourrit encore aujourd’hui. De nos ancêtres qui ont trimé dur afin de rendre l’avenir possible ici. N’y a-t-il pas moyen de trouver une nouvelle vocation à ces constructions, de les mettre en valeur ? Si, en plus, les nouveaux bâtiments pouvaient comporter une part d’originalité, un cachet qui empêcherait les paysages ruraux de sombrer dans l’uniformisation, les générations futures en récolteraient de multiples bienfaits.
Sophie Marcotte