No 104
Modernité architecturale
Le défi à l'œuvre
Printemps 2005

SOMMAIRE






Conserver dans les règles





Mont-Saint-Hilaire
Naturellement fière



Patrimoine moderne
Jeune et mal aimé

par Valérie Gaudreau

DOCOMOMO
La croisade de la modernité

par Émilie d'Orgeix

Pour une modernité historique
par France Vanlaethem



Place Ville-Marie
La modernité modernisée ?
par Pierre-André Normandin

Les campus intercommunautaires de Saint-Augustin
Révolution tranquille... et architecturale
par Martin Dubois

Des églises sacrifiées ?
par Jocelyn Groulx et Caroline Dubuc

Les volets
À la défense des fenêtres









À proximité de Place
Ville-Marie.
Photo: François Rivard

 

La jeunesse, un handicap ?

Parler de patrimoine n’est pas toujours simple. À preuve, les débats actuels sur le patrimoine moderne et la frilosité de l’État quand vient le temps de le protéger. Ce patrimoine fonctionnel et utilisant de nouvelles techniques de fabrication est composé de matériaux qui nous semblent moins nobles que ceux des bâtiments plus anciens : le béton, le verre, les murs-rideaux plutôt que le bois et la pierre. Sa nature même fait que, bien souvent, il laisse indifférent. Le peu de temps qui nous sépare de sa création - le corpus de ce patrimoine nous vient du XXe siècle, que nous venons à peine de quitter - est aussi un facteur de sa déconsidération. Devant cette création architecturale pourtant très riche, le commun des mortels reste perplexe.

Comme vous serez à même de le constater dans le présent dossier, ces bâtiments modernes ont aujourd’hui besoin d’une reconnaissance qui leur permette de traverser notre époque. Faudra-t-il attendre qu’il ne nous reste que quelques témoins éparpillés de ce patrimoine, que nous en ayons perdu ou dénaturé les éléments les plus significatifs pour commencer à s’y intéresser ? Ce serait navrant. Heureusement qu’il existe des groupes comme DOCOMOMO, à l’échelle internationale et au Québec, qui se dédient à la connaissance et à la valorisation de ce patrimoine.

Des organismes telles la Fondation du patrimoine religieux du Québec (FPRQ), qui assure la restauration du patrimoine religieux au Québec, et la Commission des biens culturels du Québec (CBCQ), chargée de conseiller la ministre de la Culture sur les questions de restauration et d’attribution de statuts juridiques, s’intéressent aussi au patrimoine moderne. La Fondation a recensé les églises modernes et souhaite procéder à l’évaluation de leur intérêt afin de les protéger adéquatement. La CBCQ a commandé une étude sur le patrimoine moderne qui devrait être rendue publique ce printemps et qui permettra, souhaitons-le, d’éclairer le débat. Toutefois, l’État et ses mandataires ne devraient pas seulement étudier la question. Il faut agir quand la sauvegarde d’un bien est en péril. À ce point de vue, le débat qui fait rage autour de la rénovation de Place Ville-Marie est éloquent. Plutôt que d’agir pour protéger le bâtiment, on se retranche derrière le recours à son créateur pour justifier sa transformation. Pourtant, l’œuvre possède une vie propre, indépendante du bon vouloir de son créateur, comme le souligne France Vanlaethem, présidente de DOCOMOMO Québec.

Au fil des articles de notre dossier, nous vous convions donc à une meilleure appréciation de ce pan mal aimé du patrimoine québécois.


Louise Mercier