Position(s) et action(s) :La Ville de Shawinigan a annoncé son intention de retirer le statut de bien cité à l’Auberge Grand-Mère. L’objectif : faciliter sa démolition et mettre fin à une longue saga, qui dure depuis l’incendie qui a endommagé le bâtiment en 2004.
En 2008, la municipalité avait pourtant adopté un règlement de citation pour protéger l’édifice, reconnaissant sa valeur patrimoniale. Érigée en 1897 selon les plans du célèbre architecte Edward Maxwell, qui a réalisé plusieurs hôtels du Canadien Pacifique, dont le Château Frontenac, l’Auberge Grand-Mère est l’un des derniers hôtels de compagnie du Québec. Malgré les dégâts causés par l’incendie, plusieurs la considèrent toujours comme l’un des plus importants bâtiments historiques de Shawinigan.
En connaissant très bien les contraintes liées à la citation, un promoteur a fait l’acquisition de l’auberge dans le but de la restaurer et d’y intégrer des condominiums. Mais les travaux ont traîné et l’auberge est laissée à l’abandon depuis 2009. Le promoteur désire maintenant invoquer la dégradation de l’édifice pour justifier sa démolition alors qu’il avait l’entière responsabilité de maintenir le bien en bon état, en vertu de l’article 79 de la Loi sur les biens culturels. En retirant la citation, la Ville entérinerait son geste et récompenserait le propriétaire, qui a pourtant failli à sa responsabilité légale. Elle lancerait ainsi un très mauvais signal, contribuant à déresponsabiliser la communauté envers son patrimoine.
La citation municipale est malheureusement souvent bafouée de la sorte. Si le processus de citation est relativement simple, la « décitation » semble encore plus facile, alors qu’elle devrait rester une mesure exceptionnelle, lorsqu’il est prouvé que la valeur patrimoniale du bien cité est inexistante. On peut s’interroger sur la capacité des municipalités à résister aux pressions économiques et politiques pour privilégier une gestion adéquate de notre patrimoine. La citation d’un bâtiment ne doit pas être prise à la légère. Il s’agit d’un engagement légal et, encore plus, d’un engagement moral de la part de la municipalité envers la collectivité.